Le choix d’un lubrifiant est souvent guidé par des critères normatifs, des habitudes industrielles ou des considérations économiques. Pourtant, d’un point de vue tribologique, un lubrifiant ne peut être choisi indépendamment du système mécanique dans lequel il est utilisé.
Pour garantir performance, fiabilité et durée de vie, il est essentiel d’adopter une approche tribologique globale.
1. Le lubrifiant : un composant fonctionnel du système
En tribologie, le lubrifiant ne se limite pas à réduire le frottement. Il joue un rôle actif dans :
- la séparation des surfaces en contact,
- la limitation de l’usure,
- la dissipation thermique,
- la protection chimique des matériaux.
Choisir un lubrifiant revient donc à adapter un matériau fluide à un tribosystème donné, et non à sélectionner un produit générique.
2. Analyser le tribosystème avant tout
Avant de comparer des lubrifiants, il est indispensable de comprendre le tribosystème :
- matériaux en contact et traitements de surface,
- géométrie et type de mouvement (glissement, roulement, alterné),
- charges appliquées,
- vitesses et régimes de fonctionnement,
- température et environnement.
Un lubrifiant performant dans un contexte peut devenir inadapté, voire critique, dans un autre.
3. Définir le régime de lubrification
Le régime de lubrification conditionne fortement le choix du lubrifiant.
Selon les conditions de fonctionnement, le contact peut évoluer en régime :
- limite, où les additifs jouent un rôle majeur,
- mixte, où film lubrifiant et aspérités coexistent,
- hydrodynamique ou élastohydrodynamique, dominé par la viscosité.
Identifier le régime dominant permet d’orienter le choix vers :
- le type de base (minérale, synthétique, etc.).
- la bonne viscosité,
- la formulation additive adaptée,
4. Viscosité : un paramètre clé mais insuffisant
La viscosité est souvent le premier critère considéré. Elle influence la formation du film lubrifiant et les pertes par frottement.
Cependant, une viscosité correcte ne garantit pas à elle seule un bon comportement tribologique. Une viscosité trop élevée peut augmenter les pertes énergétiques, tandis qu’une viscosité trop faible peut conduire à des contacts métal-métal.
La viscosité doit être cohérente avec les conditions réelles de charge, de vitesse et de température.
5. Le rôle déterminant des additifs
Les additifs conditionnent en grande partie le comportement tribologique du lubrifiant.
Ils permettent notamment :
- de réduire l’usure en régime limite,
- d’améliorer la résistance au grippage,
- de stabiliser le frottement,
- de protéger les surfaces contre la corrosion.
La compatibilité des additifs avec les matériaux, les revêtements et l’environnement d’utilisation est un point critique souvent sous-estimé.
6. Compatibilité matériaux et environnement
Un lubrifiant doit être compatible avec l’ensemble des composants du système :
- matériaux métalliques et non métalliques,
- joints et élastomères,
- revêtements de surface.
Il doit également être adapté aux contraintes environnementales : température, humidité, atmosphère, contraintes réglementaires.
Une incompatibilité peut entraîner des dégradations progressives et difficiles à diagnostiquer.
7. S’appuyer sur des essais représentatifs
Les fiches techniques ne suffisent pas à garantir la pertinence d’un lubrifiant dans une application donnée.
Des essais tribologiques représentatifs permettent de :
- comparer objectivement plusieurs solutions,
- observer les mécanismes d’usure,
- évaluer la stabilité du frottement,
- anticiper les modes de défaillance.
Ces essais sont essentiels pour sécuriser un choix avant mise en service.
8. Choisir en fonction de l’usage réel
D’un point de vue tribologique, le « bon » lubrifiant n’est pas celui qui présente les meilleures performances sur le papier, mais celui qui répond le mieux aux exigences réelles du système sur toute sa durée de vie.
Cela implique une approche pragmatique, basée sur la compréhension du contact, des essais adaptés et une analyse globale des performances.
9.Une décision technique, pas uniquement normative
Le choix d’un lubrifiant ne doit pas être réduit à une conformité normative ou à une substitution produit.
En intégrant pleinement la tribologie dans la réflexion, il devient possible de sécuriser les choix techniques, d’améliorer la fiabilité et d’optimiser durablement les performances des systèmes mécaniques.
